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Interview des LPV (Les Papys Volants)

J’ai eu l’occasion de parler quelques fois avec le commandant Klingsor, un homme très actif au sein des LPV.

Le passif de ce groupe atypique, venu d’une époque à jamais révolue, où la technologie visionnaire et les intelligences artificielles prenaient le pas sur l’homme, m’a tellement intrigué, qu’il était normal de vous en faire part.

Pour nos hololecteurs du StarNews qui ne vous connaîtraient pas encore commandant Klingsor – Porte Parole de la faction des LPV -, voici quelques questions qui relèvent presque de l’archéologie paléontologique. Bien mieux que les dinosaures et les fossiles en tous genres, vous avez brillamment traversé les âges, mais votre adaptation en tant que commandants et pilotes du quatrième millénaire est vraiment un modèle du genre qui interpelle fortement aux quatre coins de la voie Lactée. Peut-être accepteriez-vous de lever un coin du voile pour nos lecteurs sur la singularité et l’exemplarité qui enveloppent LPV ?

1/ Comment avez-vous su gérer autant de phases d’adaptation en si peu de temps et quels sont les processus à l’œuvre ?

2/ D’un point de vue temporel, que vous apporte le XXIVe siècle par rapport à votre XXe d’origine et comment y transposez-vous vos attentes et vos valeurs ?

3/ Vous avez acquis par une force mentale exceptionnelle et de très longues heures de vol, un système dans le secteur de Colonia, qui est je le rappelle, un objectif majeur extrêmement difficile à atteindre pour des petits groupes de pilotes en compétition avec des flottes aux ressources humaines et technologiques très nettement supérieures. Dans ce contexte à priori désavantageux, comment avez-vous tenu la cadence et surtout comment avez-vous réussi à la faire tenir à vos valeureux pilotes ?

4/ L’annexion récente d’un système au cœur même de la bulle humaine vous oblige maintenant à combattre sur plusieurs fronts pour tenir vos frontières, voire pour agrandir et faire prospérer votre territoire. Comment pourriez-vous définir ce sentiment d’affrontement perpétuel ? Serait-ce un état de siège ou de guerre au quotidien ?

5/ Entre la découverte de la civilisation des Gardiens et la présence de vaisseaux semble-t-il d’origine Thargoïde, que vous inspire l’actualité récente et quelle est votre position géopolitique ou simplement votre sentiment vis à vis des super-puissances galactiques ?

6/ Enfin, compte tenu de l’évolution globale et des aspirations de chacun autant que des événements probables à venir dans la Galaxie, quelles sont vos perspectives à moyen terme ?

 

Lettre du commandant Klingsor (LPV)

Lettre du commandant Klingsor (LPV)

LPV_Picto

Furukawa City, SPOCS 103,
le 09 Mars 3303,

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Monsieur Alane Dessalé, rédacteur en chef du Starnews,

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Les Papys Volants ont bien reçu votre aimable demande de renseignements, et vous remercient de l’intérêt que porte votre journal envers nos petites personnes.

Conscient des questionnements suscités, auprès de certains, par notre récente émergence dans le paysage galactique, et prenant la parole au nom de notre groupe, je vous prie de trouver ci-dessous quelques explications qui, je l’espère, auront l’heur de satisfaire la curiosité de vos lecteurs.

Je ne sais si je vais répondre point par point à vos questions, où les intégrer dans un discours global. Elles en seront en tout cas le fil conducteur.

Dinosaures et fossiles ne sauraient mieux qualifier certaines momies de nos membres, mais passé la boutade, si comme vous le dites, nous n’avions pas su nous adapter, cette conversation serait sans objet.
Nous sommes le retour des dinosaures, et, si j’ose un clin d’oeil Eluardien, l’Espace et le Temps sont un gruyère dans lequel il est possible de se déplacer.

Si nous semblons anachroniques ou, à tout le moins, surprenant dans le paysage galactique du XXXIVe siècle, c’est parce qu’Archéologie Temporelle et Transition Dimensionnelle sont des sciences ignorées ou délaissées.
Temps et changement de dimension devraient pourtant être des composants essentiels aux voyages, dans l’espace…ou autre.
Mais depuis toujours, et c’est l’évolution normale, c’est la voie mécanique seule qui est privilégiée dans la gestion du temps avec la recherche permanente de l’amélioration des FSD pour raccourcir les temps de voyage.
Le progrès technologique est sans aucun doute la voie naturelle et obligatoire, mais y associer des recherches sur le temps devrait être une voie à explorer. Nous sommes des exemples concrets de l’existence de tels passages temporels.

Alors, certes, le voyage dans le temps peut être un voyage immobile au sens où l’unité de lieu peut n’être pas affectée par le déplacement temporel, mais pourquoi ne pas imaginer la possibilité d’un déplacement de longue distance associé au temps.

Tout ceci pour dire qu’il me semble indispensable de compléter les éléments publiques fragmentaires de notre histoire avec les détails non connus de celle-ci.

Comme vous l’avez découvert, Monsieur Dessalé, certains d’entre nous ont fait un bon de 1350 ans dans le temps.

En décembre 1952 notre patrouille de 4 Skyraiders s’est trouvée prise dans un phénomène “météorologique” inconnu et nous avons bien cru notre dernière heure arrivée. Imaginez cependant notre stupeur lorsqu’au lieu de rencontrer notre créateur nous avons “émergé” dans l’espace avec la Terre en visuel.
Nous nous sommes crus morts, mais l’immense vaisseau spatial qui se trouvait là et nous a “recueilli”, nous a fait comprendre que ce n’était encore pas le cas…mais pour combien de temps.
Tout le monde a entendu parler de ces disparitions récurrentes pour lesquelles il n’existe aucune explication logique. Voilà donc où passaient tous ces disparus sans laisser de traces dont nous entendions parler épisodiquement.

Une telle technologie n’existant alors pas pour nous, nous supposions avoir été capturé par des Aliens. Ce en quoi nous nous trompions, comme vous allez le lire.

Le vaisseau spatial s’appelait le Ciguri et était celui du Major Grubert, un terrien du XXe siècle comme nous, journaliste à Die Welt et qui avait accédé à une nouvelle dimension par une porte temporelle qu’il a découvert dans le temple d’Angkor.
Il est alors devenu ingénieur en Magie Spatiale, est réputé avoir découvert l’immortalité après avoir retrouvé avec l’explorateur Lewis Cern, La Orta, l’épave du vaisseau mère des Cern.
Mais surtout, il est l’inventeur de l’Effet Grubert, un procédé permettant de créer des mondes immenses à plusieurs niveaux dans de minuscules astéroïdes, grâce à 13 générateurs d’expansion.

Grubert nous a expliqué que les phénomènes de captures se produisaient occasionnellement lorsque le Ciguri (ou autre) croisait exactement à mi-chemin Terre-Lune et qu’il se trouvait des êtres vivants dans l’alignement exact, provoquant sur place un phénomène d’aspiration du Vortex temporel – visuellement un phénomène ” météorologique” de type cyclone de grande ampleur – dont nous avons donc, été victimes.

Mais, si un saut dans le temps est possible, un retour en arrière ne l’est pas (encore ?). Nous étions bel et bien prisonniers de notre “nouveau temps”.
Avec l’aide de Grubert, nous nous donc sommes technologiquement mis à jour puis, comme nous souhaitions voler de nos propres ailes, il nous a aidé à fonder notre petite communauté basée sur la solidarité. Une évidence avec de tels antécédents et vu les circonstances.
De toute façon, nous étions dans la situation de celui qui a tout brûlé derrière lui pour être obligé d’avancer.

Grubert, connu aussi sous le nom de Major Fatal, a disparu avec le Ciguri peu après avoir créé un monde multidimensionnel dans un astéroïde de la Constellation du Lion, emportant avec lui le secret de son procédé. Mais lorsque j’entends que l’on annonce pour très bientôt des astéroides habitables, je ne peux m’empêcher d’y voir la patte de Grubert, même si ce sont là de pâles répliques.

Bref, notre groupe a voyagé un certain temps dans la bulle humaine et s’est peu à peu étoffé de membres “normaux”. L’envie de reconstruire quelque chose ici ou ailleurs, le temps et le lieu nous importe peu maintenant, a surgit.
Nos nouveaux savent que les anciens sont un peu “spéciaux” et quelquefois “originaux” mais rien de bien choquant. Ces révélations vont sans doute les surprendre et on va hériter du surnom de Balthazar, Melchior ou que sais-je encore, mais il est clair que je ne peux pas être ton père, Luke…Je peux t’appeler Luke ?

S’adapter au XXXIVe siècle n’est pas bien difficile. La technologie a évolué autour de l’Homme, mais rien n’a changé finalement dans sa nature, il est resté fondamentalement le même. Nous n’avions rien à changer “en nous” pour nous adapter, du XX° ou du XXXIVe siècle, nous étions de ce monde, de cette Galaxie ou de cette Humanité. Nous n’avions qu’à apprendre et exploiter la technologie à notre disposition qui facilite bien des choses.

L’occasion de notre “renaissance” s’est présentée avec la grande opération d’expansion humaine vers la nébuleuse Colonia. Ce projet neuf et grandiose dont nous avons pratiquement vu la naissance nous a intéressé dès le départ car il nous semblait la possibilité de repartir vraiment de zéro et d’être, là-bas, des colons comme les autres.

Nous avons donc tenté notre chance…et aussi surprenant que ce soit, réussi, bénéficiant sans doute de circonstances favorables : des groupes trop confiants ou n’ayant pas pris la mesure de la tâche ou croyant que le nombre sur le papier remplirait le contrat.
Mais nous avons prouvé qu’un petit groupe mobilisé avec un minimum viable de transporteurs – une dizaine – et de la volonté, peut y arriver. Ce n’est certes pas une promenade de santé, mais nous pouvons témoigner que c’est possible.
La motivation vient aussi avec l’idée que l’on peut réussir. Au fur et à mesure de nos voyages, nos stats nous montraient qu’on ne serait pas loin de la gagne, ça a suffit pour surmotiver l’équipe.

A la même période notre groupe a installé une base arrière dans la bulle. C’est beaucoup de chose en même temps, mais notre double installation nous semblait nécessaire pour être pleinement acteurs de cette Galaxie.
Certes, la situation donne beaucoup de travail, mais, une fois établie notre assise sur notre système principal et ne souhaitant pas grossir outre mesure, nous pensons stabiliser notre zone d’influence.
Avoir un point d’ancrage pour nos recherches sur le Temps, l’Espace et ses dimensions ainsi qu’un point de “recueil” d’éventuels égarés comme nous – ne croyez pas que nous soyons les premiers ou les derniers – nous suffit.
La situation sur Colonia est assez différente puisque les relations y sont basées, pour l’instant, sur la discussion, l’entraide et la coopération.

Dans votre point 5, vous nous faites l’honneur de nous demander notre position vis à vis des civilisations non humaines et de nos grandes Super-Puissance. C’est nous donner une importance que nous n’avons pas.
Voici cependant ce que m’inspire le sujet, j’ose espérer que nos avis ne vous choquerons pas et vous prie de les considérer avec bienveillance.

Comment imaginer être seuls dans cette Galaxie ? Comment imaginer être les premiers ? Comment imaginer que tout soit à notre image ?
Gardiens, Thargoïdes ou autres, nous ne sommes pas seuls, ou ne l’avons pas été, ou ne le serons pas. C’est une question…de Temps.

Le “problème” n’est donc pas de savoir s’il y a quelqu’un, mais comment cohabiter – en Paix – avec ce ou ces autres lorsque le moment sera venu. Car ces “autres” ont sans doute les mêmes aspirations d’expansions que nous. Toutes aussi légitimes à leurs yeux…s’ils en ont, bien entendu.
Comment concilier les aspirations de chaque civilisation, sans nécessairement évoluer vers un conflit qu’en l’état actuel de “notre” technologie, autant que j’ai pu m’en rendre compte, nous sommes sûr de perdre.
La plus mauvaise des paix vaut toujours mieux que la meilleure des guerres, ce en quoi ne seront certainement pas d’accord les divers Va-t’en guerre qui courent l’espace.
J’ai, par ailleurs sur le sujet, une confiance plus que limitée dans nos 3 Super-puissances. J’aimerais qu’elles clarifient leurs positions sur les Aliens et que de vraies ambassades soient mises en place avant que le réflexe de tirer le premier ne prenne le dessus, car ce tir pourrait bien être le dernier pour l’espèce humaine.
Il n’y aura aucune différence de traitement entre un humain Fédéral, Impérial, de l’Alliance ou même Indépendant, plus personne ne le sera, et trois acteurs ou intervenants majeurs ce sont trois possibilités de dérapage avec une seule conséquence pour l’ensemble.
Il n’est évidemment pas question d’abdiquer quoi que ce soit, mais de commencer par chercher à connaitre l’autre.

Ces considérations sur un avenir incertain pas si lointain nous amène vers votre point 6, Alane. Incertitudes auxquelles nous avons tenté de palier en nous implantant à Colonia. Aucun endroit de l’espace n’est à l’abri de guerres ou de remous éventuels, mais cette “Arche” – permettez-moi le parallèle – est suffisamment lointaine pour constituer une zone de repli, de renaissance et d’avenir viable.
Là-bas, rien ne repose sur une Super Puissance mais sur la coopération de chacun des acteurs sur place.

Peut-être la lumière viendra t-elle de là ? Et je terminerais sur cette note d’espoir.

Espérant avoir répondu à vos interrogations et vous priant de m’excuser d’avoir été si long – mais notre histoire n’est pas simple,

Je vous prie, Alane Dessalé, de recevoir nos plus sincères amitiés.

Votre très dévoué CMDR Klingsor,
Ex commodore de la VMF 214 FV “Fous Volants”, disparu avec 3 équipiers lors d’une mission de reconnaissance sur le front uchronique de Lybie. Membre du Quartel des Fondateurs de la mission “Les Papys Volants”, SPOCS 103 & PHOENIX Colonia.

 

PS : Je connais votre interrogation suivante, Alane. Comment un terrien de la seconde moitié du XXe siècle a t-il pu interférer avec des terriens peu ou prou de la première et des évènements antérieurs de presque 30 ans à sa propre “Disparition” ? C’est là toute le Mystère de la question ouverte du Temps, des Dimensions et des Univers parallèles. Un immense champ de connaissance en friche. Ni Grubert ni nous n’avions la réponse, mais il peut surgir aussi bien des hommes des cavernes que du futur, voire des êtres totalement inconnus. La seule constante, pour l’instant, c’est qu’on se retrouve prisonnier du temps où l’on arrive. Sauf, théoriquement, à subir une nouvelle aspiration du Vortex temporel.

Alane Dessalé

Fondateur et rédacteur en chef de 32 MU Starnews. Il débute en tant que pigiste à FED Action, alors journal libre Fédéral basé à Cosi. Après l'horreur du "Blue Vortex" il démissionne, ne supportant plus la ligne éditoriale devenue propagande militaire. Il refait surface quelques années après en sortant un livre sur les manipulations médiatiques "Déconnexion" et se rapproche d'un de ses anciens amis de Cosi devenu leader d'un groupe d'explorateurs. Afin de l'aider dans sa mission humaniste, il reprend la plume et monte le Starnews.

2 commentaires

  1. En ces temps passablement incertains et perturbés, c’est dingue comme une bonne et saine lecture peut faire autant de bien ! A l’exposé des motifs, on comprend aussi pourquoi Les Papys Volants restent une référence au sens de l’intérêt général, du fair-play et du bien vivre en bonne compagnie. Dont acte.

  2. Votre histoire m’a laissé littéralement sans voix !
    Il est heureux d’apprendre que nous ne sommes pas seuls à partager des raisonnements basés sur le bon sens sur les sujets principaux du moment.
    Nous arrivons à Colonia pour quitter un monde de fous, j’ai foi en l’avenir là-bas. Votre présence là-bas relève de la prouesse !

    Au plaisir de vous relire CMDR Klingsor !

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