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“Le mal des ruines”

Alors que les recherches et les spéculations s’amplifient autour des sites de ruines d’une civilisation disparue, la communauté scientifique dans son ensemble se mobilise pour relever ; disséquer ; analyser et classer les informations qui arrivent en masse. Absolument toutes les données sont passées au crible des plus brillants cerveaux de la bulle.

Rien n’échappant au regard de perspicaces experts du comportement, ils n’ont pas manqué de relever des détails significatifs. Notamment la recrudescence des accidents de pilotage dont les comptes rendus des spatioports font état. En effet divers rapports font d’anodines mentions de défaillances psychologiques de la part d’explorateurs en retour des sites de fouilles. Les bruits de coursives ont d’ores et déjà appelé ce phénomène : “le mal des ruines”.

Des heures de vidéos sont, encore en ce moment même, scrutées. Des journaux de bord mis à disposition sont également lus par les experts du Centre des Neurosciences Cognitives d’UMR 5020. Ces documents sont des sources sans filtre de la santé mentale des pilotes.

Notre enquête dans ce milieu très secret doit se faire avec beaucoup de tact. Mais vous pouvez compter sur notre capacité de persuasion et notre désir d’informer nos spatiolecteurs.

Ainsi les premières analyses rapporteraient que des arpenteurs de ruines subiraient, après seulement quelques heures d’exposition à cet environnement : « des effets de désorientation menant à l’alternance de phases d’excitation et de phases du plus total hébétement. »

Nos sources nous parlent, à présent, du rapprochement des spécialistes du CNC avec ceux en charge des données environnementales des sites. Tant au niveau électromagnétique que biologique. Le grand centre épidémiologique du CHU de Meene serait également dans la boucle.

A ce jour aucune piste concluante n’est validée. Mais comptez sur notre dévouement pour la connaissance et la vérité. Nous restons au plus près du problème. L’enquête continue.

Il nous a été rapporté que tous les journaux de bords ne sont pas remis spontanément par les pilotes. Certains ont été fournis par leurs commanditaires et d’autres ont dû être réquisitionnés par les autorités afin d’enquête de salubrité publique.

Afin que vous puissiez mesurer la gravité du problème, nous sommes parvenus à obtenir un extrait du journal de bord du Cmdr « cartographe » Sapulse.

Pilote commandité par l’éminent Archigraphe Heath Huston de LGC.[ndlr]

Merci à lui.

« Journal de bord du Cmdr Sapulse Amor »

17 Janvier 3303 SYNUEFE XR-H D11-102 1B [-31,7877°/ -128,9711°].

Nous y voilà. Un survol du site Alpha pour reconnaître les lieux nous laisse apparaître des agencements de pierres dressées, comme autant d’îlots dans un vaste espace ceint des restes d’une vraisemblable fortification.

Nos vaisseaux sagement stationnés au pied du promontoire central nous nous lançons dans l’exploration des lieux. L’atmosphère aseptisée de notre VRS nous éloigne un tant soit peu de l’ambiance oppressante de ces structures inconnues. Peut-être est-ce dû au fait que cette partie de la planète est plongée dans le noir, pour le moment.

Tels des fantômes attentifs les alignements de monolithes épars semblent nous observer. Nous défier patiemment.

Sur des informations non vérifiées, nous, membres de la Guilde des Cartographes, appuyé par l’Archigraphe, avons décidé de lever le voile sur cette surprenante découverte. Enfin, surprenante… Quelle arrogance aurions-nous eu de nous croire seul dans ces immensités ?

……

Une fois déployé à bord de nos VRS nous scannons et collectons successivement qui une orbe, qui une urne, qui un coffret et autres totems tablettes ou reliques. Ces objets jonchant le sol par endroit. Associés en binômes aléatoires ils semblent avoir une influence sur de pylônes précis. A des emplacements précis. Soumises aux scans les combinaisons judicieuses nous permettent de recevoir des données concernant l’antique civilisation qui peuplait ce lieu, jadis.

Voilà maintenant des heures que nous arpentons les ruines des Gardiens avec les Cmdr Kadima et Roghnar. Les informations obtenues nous parlent de leur langage, de leur physiologie, de leur histoire, de leur culture.

Hélas si peu de renseignements obtenus au regard des possibilités offertes. La teneur des bribes glanées nous laissent entrevoir l’ampleur des connaissances possiblement récoltables.

18 Janvier 3303 SYNUEFE XR-H D11-102 1B [-31,7877°/ -128,9711°].

En sueur, ce matin, je m’éjectais de la couchette comme serré à la gorge par une main puissante. L’instant d’avant dans les limbes du sommeil, ces gardiens silencieux rangés comme des soldats, convergeaient vers moi pour finir par me broyer entre leurs corps massifs.

Ils me parlent. Ils m’obsèdent. Je ne les comprends pas. Le sommeil ne m’a pas rendu mes forces.

Des modulations sifflent et crépitent sur le poste de communication. Je reconnais la voix de notre Ambassagraphe Znarflord qui me réclame. Ils viennent. Ils ont quitté momentanément leur grande expédition. Sentant l’importance du moment. L’imminence de la rencontre.

Accompagné des Cmdr Winter et Léonidovitch, ils ont voyagé sans trêve pour voir cela de leurs yeux. Et comprendre. Enfin essayer.

De l’aide supplémentaire. Je suis tellement fatigué. Mais il faut continuer.

Mon VRS ne semble pas répondre à mes demandes. Je dérape et virevolte comme je tente d’accélérer mes déplacements. Tandis que les lithomorphes continuent de me toiser, Kadima et Roghnar me regardent comme si j’étais moi-même un de ces êtres. Le scintillement des pylônes, comme des lèvres de lumière, me répète un message que je ne comprends pas. Je suis tellement fatigué.

Aiguillonné par l’arrivée du convoi du dignitaire Znarflord, et rejoint ultérieurement par le Cmdr Elyo Sword, nous nous sommes lancés dans l’exposition des éléments en notre possession. Tantôt Roghnar, tantôt Kadima ou moi-même de décrire telle association et telle découverte. Une belle effervescence qui nous a fait vibrer des heures durant, tenant les voyageurs éloignés d’un repos mérité.

Lorsqu’il fût impératif de mettre fin à cette entreprise, le convoi disparu à nouveau dans les profondeurs stellaires. Nous avons promis à l’Ambassagraphe de poursuivre les recherches. Elles sont, affirme-t-il, nécessaire à la préparation de LEUR rencontre.

Avec mes amis cartographes nous retournerons là-bas. Nous reprendrons l’étude des ruines des Gardiens. Mais pour l’heure…je ne sais pas…je ne sais plus… je suis tellement fatigué.

Ils me parlent.

Je ne suis pas fou, vous savez !!!

Fin de l’extrait du journal de bord.

Alane Dessalé

Fondateur et rédacteur en chef de 32 MU Starnews. Il débute en tant que pigiste à FED Action, alors journal libre Fédéral basé à Cosi. Après l'horreur du "Blue Vortex" il démissionne, ne supportant plus la ligne éditoriale devenue propagande militaire. Il refait surface quelques années après en sortant un livre sur les manipulations médiatiques "Déconnexion" et se rapproche d'un de ses anciens amis de Cosi devenu leader d'un groupe d'explorateurs. Afin de l'aider dans sa mission humaniste, il reprend la plume et monte le Starnews.

3 commentaires

  1. Un grand merci Cmdr Sapulse pour ce remarquable article qui trouvera sa place dans l’anthologie de la Guilde des Cartographes ! L’écriture y étant aussi soignée que savoureuse, elle est définitivement taillée pour résister au temps et ce faisant vous faites entrer le “Mal des Ruines” dans la légende. Mes félicitations Cmdr Sapulse, o7.

  2. L’émotion m’étreint, ma gorge se serre, mon cœur se gonfle…que dire? My pleasure Cmdr Kadima, humblement fier. My pleasure!!!

  3. Assurément cet épisode est un excellent souvenir pour ceux présents ! C’est un plaisir de découvrir ce qu’il s’était réellement passé et de constater que les rumeurs sur les déboires mentaux du commandeur Sapulse sont bien fondés 😉

    Il me tarde de revoir ces sites remplis de mystères.

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